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De la Courly au Grand Lyon

De la Courly au Grand Lyon
Publié par: Editions Lieux Dits

Parution : mai 2014
Couverture cartonnée avec jaquette
Format : 21 x 27 cm
480 pages
321 images

ISBN : 9782362190735

Histoire d'une communauté urbaine

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Alors que son histoire n’avait jamais été écrite, alors que la communauté urbaine de Lyon fait figure de pionnière en France dans de multiples domaines, voici un livre qui tente, à travers de multiples éclairages et en croisant les archives, la mémoire de ses agents et de nombreuses sources, de révéler sa trajectoire et ses transformations. On comprendra pourquoi 56 communes se sont assemblées en 1969, pourquoi cette instance hybride (elle ressemble à une collectivité territoriale mais n’en est pas une) pose de multiples questions dans son fonctionnement, l’exercice du pouvoir, le respect de règles démocratiques, la relation avec les territoires voisins...
 
Il sera question de son action d’hier à aujourd’hui, de ses réalisations, mais aussi de ses coulisses, de tout ce qui rend cette action possible : les métiers, les hommes et les femmes, l’organisation, les relations avec les entreprises, les citoyens et les associations, les processus d’innovation, les valeurs et jusqu’à ces petits mythes qui permettent à l’action d’avoir du sens.

Véritable ouvrage d’auteur qui raconte, dans un style accessible à tous, « la grande aventure » de la communauté urbaine pendant ses 44 années d’existence, ce livre fait figure de pionnier...

 

Avant-propos, par Cédric Polère

Pour comprendre la communauté urbaine de Lyon

20    Pourquoi avoir créé une communauté urbaine ?
52    Le projet de communauté urbaine avait suscité un débat houleux,
    sur des questions essentielles : retour sur l’année 1966
73    Le pouvoir d’agglomération : histoire d’une émancipation
103    La communauté urbaine est-elle hors jeu démocratique ?
121    La communauté urbaine et les collectivités alentours :
    être bons voisins ou construire ensemble un territoire commun ?

La communauté urbaine à l’œuvre

148    Des « cathédrales techniques », des réseaux, des univers de services
176    Le Grand Lyon face au monde, compétition et coopération
200    En ville, de la nature combattue à la nature sublimée
221    Déplacements, de la priorité voitures à la relative pluralité
235    L’agglomération qui se construit, l’agglomération qu’on aménage
258    Habitat, politique de la ville, la nécessaire solidarité

Les coulisses communautaires

278    Les métiers, les hommes et les femmes, la vie interne…
298    L’organisation
322    Les présidents
371    Comment et avec qui la communauté urbaine produit des services ?
382    L’innovation dans les techniques, outils, services
398    La communauté urbaine face aux mobilisations citoyennes
416    Comment l’agglomération se projette-t-elle dans l’avenir ?
    Planification et prospective
428    De quelques valeurs ou « petits mythes communautaires »
440    En guise de conclusion : quand la communauté urbaine de Lyon
    se met en représentation

450    Carte et liste des communes de la Communauté urbaine de Lyon
452    Chronologie
460    Principales ressources utilisées
466    Notes

 

Pourquoi avoir créé une communauté urbaine ?

La création de la communauté urbaine de Lyon obéit à une raison simple, mais qui demande de faire un bond de deux siècles en arrière. Ce n’est pas un saut de puce !

En 1792, la France révolutionnaire fait le choix de reprendre le découpage territorial de l’Ancien Régime basé sur les paroisses. Elle compte 41 000 communes. Au début du 21e siècle, 36 600 et quelques communes sont bien installées dans le décor, un record européen. Trois quarts d’entre elles comptent moins de 1 000 habitants. Ce fourmillement renvoie à une réalité disparue, celle d’une France dominée par le monde rural. Il renvoie aussi à un mauvais choix : dans les États où le nombre de communes a été réduit, cette réduction s’est effectuée de manière contraignante, par décision du législateur, jamais la fusion n’a résulté du choix volontaire des communes concernées. La solution de l’incitation choisie en France comme en Italie n’a pas été payante. Ajoutons que les défenseurs du statu quo forment en France un bloc puissant, avec les maires ruraux archi-majoritaires dans l’Association des maires de France, le Sénat qui forme le « grand conseil des communes de France » et les départements à majorité rurale. D’autres raisons interviennent comme l’attachement des Français à la carte communale, l’idée que le morcellement communal est source de démocratie, ou une raison pratique : sans mairie, les autres services publics, comme la poste, l’école, la gendarmerie disparaissent.

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Depuis des siècles, les services urbains font la ville

Toute ville d’importance peut se lire à travers le cheminement de ses réseaux, aqueducs dans l’Antiquité puis canalisations pour acheminer l’eau potable, égouts, plus récemment lignes électriques et de télécommunication, tuyaux de chauffage urbain, transports en communs… La ville a aussi ses servants au sens noble, ceux à qui incombent, souvent à toute heure du jour et de la nuit, le bon fonctionnement de cet organisme complexe. À Lyon, des « services » ont émergé une première fois avec la présence romaine. Le Corpus Vigilum ou corps des vigiles instauré à Lugdunum sous le règne d’Auguste correspondait à nos actuels pompiers. D’autres métiers étaient sollicités pour entretenir près de 200 kilomètres d’aqueducs qui acheminaient l’eau depuis les Monts d’Or, la Brevenne, le Mont Pilat. Lugdunum était, après Rome, la cité la mieux alimentée de l’Empire, celle qui a inventé la technique du siphon inversé pour construire des ponts et aqueducs démesurés. Ces activités vont connaître une longue nuit, puis réapparaître entre la Renaissance et le 19e siècle.

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« Super Lyon »ou « canard à trois pattes » ? La communauté urbaine entre grandeur et monstruosité

Les Français découvrent sans grand intérêt le terme « communauté urbaine » dans leurs quotidiens au début de l’année 1966, au moment de la discussion du projet de loi. Mais à Lyon, Lille, Bordeaux et Strasbourg, le sujet intéresse. D’autres noms sont inventés par la presse, les élus, les commentateurs. À Lyon, ils disent la naissance non souhaitée de cet établissement, imposée par l’État ; ils disent aussi sa grandeur, par rapport à l’échelle communale. Un autre registre est celui de la monstruosité : la future communauté est un « monstre », un « bâtard », un « canard à trois pattes ».  Voici un échantillon, classé par ordre alphabétique :

« bâtard » (réunion des maires)
« canard à trois pattes » (réunion des maires)
« collectivité locale supplémentaire sans âme » (Marcel Houël, député-maire communiste de Vénissieux, utilise ce terme dans un débat entre les maires de 60 communes de l’agglomération, le 28 juin 1966 — procès-verbal de la réunion)
« fédération de communes » (quelques élus de l’agglomération diront leur préférence pour cette appellation)
« Grand Lyon » (le terme est employé souvent entre 1966 et 1968, dans la presse, par les élus et les syndicats)
« machine puissante » (Max Moulins, préfet de région, 12 juin 1966 — L’Écho-Liberté)
« monstre » (Étienne Gagnaire, maire de Villeurbanne, 28 juin 1966 — procès-verbal de la réunion)
« super-commune »
« superLyon » (Marcel Houël, 28 juin 1966 — procès-verbal de la réunion)
« supermunicipalité »

Pour rendre compte du lien nouveau établi entre les communes par le projet de loi, l’image du mariage forcé entre les communes est souvent utilisée. On parlera souvent, dans les années qui suivent de « mariage de raison » entre les communes :

« nous voulons bien nous marier demain mais nous voulons connaître les pertes et les profits et la dot de notre fiancée » (28 juin 1966, réunion des maires)
« l’enfant naturel qui nous est proposé est issu d’une fausse couche si j’ai bien compris puisqu’il n’a été procréé ni par nous, ni par des techniciens, mais le président l’a dit et nous en sommes sûrs, par des technocrates dont on nous envahit et pas seulement sur ce sujet » (Charles Ottina, maire de Saint-Priest, 21 septembre 1966, réunion des maires).

 

 

Par Cédric Polère, docteur en sciences politiques, sociologue indépendant.

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