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Lyon à l'italienne

Lyon à l'italienne
Publié par: Editions Lieux Dits

2ème édition
Parution : Octobre 2016
Couverture cartonnée, jaquette rigide.
Format : 24,3 x 30 cm
272 pages
300 images

ISBN : 9782362191336

Deux siècles de présence italienne dans l’agglomération lyonnaise

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35,00 €

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Pour tous les Italiens, leurs descendants, leurs amis, les amateurs d'histoire, un beau livre illustré qui raconte deux siècles d'immigration et de présence italienne dans Lyon et son agglomération.

Depuis deux siècles, des dizaines de milliers d’Italiens se sont installés à Lyon, puis dans son agglomération. Au départ, il s'agissait surtout de paysans pauvres qui, pendant une partie de l'année, quittaient les montagnes italiennes pour venir gagner quelques sous dans les ateliers ou sur les chantiers, en tant que plâtriers, mosaïstes, sculpteurs sur bois, tisseurs ou ferblantiers. Mais, au fur et à mesure du développement industriel, ils sont de plus en plus nombreux à s'installer à Lyon pour travailler dans les usines qui naissent aux marges de la ville. Des quartiers marqués par une forte présence italienne naissent alors, des entreprises et des commerces italiens se développent, des associations voient le jour. Ils permettent à ces déracinés de préserver leur mode de vie, leurs traditions, et un peu de la chaleur de leur région d’origine.

Cette immigration italienne a perduré jusqu’à la fin des années 1960, à tel point qu'aujourd'hui, de nombreux Lyonnais comptent parmi leurs ancêtres un émigrant qui a dû quitter son Italie natale.

Qui étaient ces Italiens et quelle a été leur vie au cours de ces deux siècles de migration à Lyon ? Comment ont-ils peu à peu trouvé une place dans la ville ? Quelle mémoire a laissé cette immigration, la plus importante à Lyon au cours de ces deux siècles ? Autant de réponses à découvrir dans ce beau livre très complet et documenté, enrichi de nombreuses illustrations généralement inédites.

Existe aussi en version italienne "Lione all'italiana".

Introduction

L’origine du mouvement (1815-1914)
Partir
Travailler à Lyon
Vivre à Lyon

D’une guerre à l’autre (1914-1940)
Les Italiens de Lyon dans la Première Guerre mondiale
Le boom de l’immigration italienne après 1918
Les Italiens, enjeux d’affrontements politiques
Les relations franco-italiennes à l’épreuve de la crise

Le temps de l’intégration et de la mémoire (1940-2013)
L’impact de la Seconde Guerre mondiale
La reprise de l’immigration italienne (1945-1965)
Le temps de la stabilisation (1965-1990)
Le temps de la mémoire (1990-2013)

Liste des abréviations
Notes
Index des images et crédits photographiques

Le voyage

Au début du XIXe siècle, les transalpins venant travailler à Lyon sont donc pour la plupart des migrants saisonniers. Mais tous n’ont pas les mêmes pratiques migratoires. Les uns viennent à Lyon principalement pendant la mauvaise saison, lorsque les travaux agricoles sont réduits. C’est le cas, par exemple des étameurs et ferblantiers du Val Bognanco, à l’extrême nord du Piémont. D’autres, au contraire, comme les plâtriers et les peintres de la Valsesia, quittent leurs exploitations au tout début du printemps pour ne revenir qu’à la fin de l’automne, au moment où le froid rend impossible le travail sur les chantiers. Dans les deux cas, il s’agit d’une émigration exclusivement masculine, contrairement aux ouvriers de la soie de la province de Turin où la main d’œuvre féminine domine. Mais tous poursuivent le même objectif : constituer un pécule, souvent modeste, pour le ramener au pays afin de permettre à la famille de payer une dette, d’acheter un bout de terre ou quelques bêtes.

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Saltimbanques et musiciens

Au XIXe siècle, la péninsule envoie tout au long de l’année saltimbanques et musiciens sur les routes d’Europe. Ils sont beaucoup moins nombreux que les ouvriers (10 % de la population transalpine dans les années 1820 à Lyon), mais on les remarque facilement du fait de leur activité.
Cette population mouvante, la plupart du temps nomade, est loin d’être homogène et regroupe en fait des migrants aux activités très différentes et aux origines géographiques diverses. On y trouve des joueurs d’orgue de barbarie, de vielle, de cornemuse, de flageolet (sorte de flûte jouée par les « pifferari »). On trouve aussi des montreurs d’animaux savants : ours, singes chiens, marmottes, et même poissons : Louis Fiori, arrivé à Lyon en novembre 1854, adresse la lettre suivante au préfet du Rhône : « Fiori Louis, natif de Bourgneuf (Duché de Parme et de Plaisance) étant de passage dans la ville de Lyon a l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de vouloir lui accorder la permission de montrer au public lyonnais un poisson surnommé tigre de mer vivant et obéissant au commandement de son maître, rue Clermont n°2. Porteur de papier régulier et me montrant toujours soumis aux ordres de l’autorité, j’attends avec la plus grande confiance à ce que vous veuillez bien accueillir ma demande avec votre bonté ordinaire ». D’autres se font « physiciens » (c’est-à-dire prestidigitateurs), bonimenteurs, diseurs de bonne aventure.

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La solidarité villageoise en action

Dans certains cas, il semble que l’on ait affaire à de véritables communautés villageoises qui se reconstituent au sein de l’espace urbain. Les relations entre les membres du groupe sont denses et les liens intenses avec leur village ou leur hameau d’origine. Cette liaison à distance est rendue possible par les allers-retours des migrants et par les échanges de courriers, pour ceux qui savent lire et écrire. Mais, à partir des années 1870-1880, la naissance d’une presse populaire à bon marché dans les vallées alpines accélère la transmission d’informations. Dans la Valsesia, par exemple, Il Monte Rosa naît en 1861. Suivent La Valsesia en 1879, Il Gaudenzio Ferrari : gazzetta della Valsesia en 1884, Il Corriere valsesiano en 1895, etc.

 

Les différents courants antifascistes

Au printemps 1924, l’ouvrier maçon Arturo Colombi s’installe à Lyon, au 45 rue Villeroy. Ce militant communiste d’Émilie-Romagne a été contraint de quitter l’Italie après avoir passé dix mois dans les geôles fascistes. Cinquante ans plus tard, devenu l’un des principaux responsables du Parti communiste italien après 1945, il écrit son autobiographie, Vita di militante : dalla prima guerra mondiale alla caduta del fascismo. Plusieurs chapitres sont consacrés à sa vie à Lyon et aux réfugiés communistes qu’il y a côtoyés, notamment « un fort groupe d’anciens ouvriers de la Fiat que “papa Agnelli” [le patron de la Fiat de l’époque] avait chassé du travail par représailles après la défaite du mouvement d’occupation des usines. C’était des ouvriers hautement qualifiés qui avaient trouvé du travail dans les ateliers de construction d’autocars Berliet de Vénissieux […] ».

 

Le choix de la naturalisation ?

Les générations antérieures sont elles aussi confrontées à la question de leur lien avec l’Italie, notamment au choix de conserver ou non leur nationalité d’origine. Il faut dire que, pendant de nombreuses années, le fait d’être de nationalité italienne a posé des problèmes au quotidien et suscité des réactions et des phénomènes de rejet, même si cela s’est atténué à partir des années 1960.
Les demandes de naturalisation se multiplient donc, avant même les années 1980, phénomène qui explique en grande partie, avec les retours au pays, que les Italiens ne sont plus qu’environ 16 000 dans le Rhône en 1982 contre 28 800 vingt ans plus tôt.

Jean-Luc de Ochandiano est conservateur des bibliothèques à l’université Lyon 3. Historien, chercheur associé au LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes), il a publié, en 2008, Lyon, un chantier limousin : les maçons migrants (1848-1940) aux éditions Lieux Dits. Il enquête depuis 2009 sur l’histoire de la présence italienne à Lyon.

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