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Prisons de Lyon

Prisons de Lyon
Publié par: Editions Lieux Dits

Parution : Septembre 2013
Couverture cartonnée gaufrée, jaquette
Format : 24,3 x 29 cm
224 pages
230 images

ISBN : 9782362190827

une histoire manifeste

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32,00 €

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Du grand dortoir à la cellule contemporaine, du robinet d’eau dans la cour à la douche quotidienne, de la paillasse au matelas ignifugé, de la gamelle en fer blanc à la barquette operculée et du centre-ville à la périphérie, la prison a changé. À quel rythme ? Avec quelles considérations ? Et quelles intentions ? L’histoire des prisons de Lyon raconte à sa façon celle des prisons françaises.  
Prisonniers de droit commun, toujours, et prisonniers politiques, parfois, ont hanté les prisons de Lyon : au Château Pierre Scize, les catholiques, puis les protestants ; aux Recluses, les victimes de la Terreur, au palais de Roanne, les victimes de la Terreur blanche ; dans les geôles de la prison Montluc, les Résistants, puis, moins rudement, les « collabos ». Aux prisons de Perrache, les Algériens combattants pour l’indépendance, puis les membres d’Action directe, puis encore les hommes du milieu lyonnais. Mais les prisons de Lyon furent surtout un lieu de captivité pour des dizaines de milliers d’auteurs de délits mineurs, dont la durée moyenne de séjour n’excéda pas deux mois. Certains y sont restés vingt ans…

Avant-propos

Une histoire manifeste des prisons de Lyon

Par Bernard Bolze

Il pourrait sembler paradoxal de proposer un beau livre sur l’histoire des prisons de Lyon. Imaginerait-on donner des couleurs à la misère ?

Nous appartenons indéfectiblement à la communauté des personnes qui, à l’instar du graphiste Mark Brusse, affirment tranquillement : « Quand on observe l’homme intensément, on peut apercevoir la petite plume colorée qui lui appartient ». Ce bel ouvrage est un hommage à la petite plume colorée. 003a

Il est conçu comme un manifeste. Ici, nous regardons l’homme dans sa part d’humanité, toute sa part. Et malgré l’épouvante que son geste parfois inspire, à ses victimes comme à ses impuissants témoins, à son auteur souvent.

Ici, nous regardons en face le sort que nos sociétés réservent à l’homme prisonnier. Il nous préoccupe et plus, il nous épouvante à son tour.

Il ne sera pas question de bons prisonniers et de mauvais gardiens. Quiconque a connu la prison sait que la loyauté et la fraternité appartiennent aux deux camps, comme leur absence. Être le gardien de son frère, en nos noms à tous, n’est pas chose facile. Cela exigerait en retour des compétences formidables, rencontrées plus souvent qu’on ne croit, et une reconnaissance particulière.

Dresser le tableau des prisons de Lyon au début du XXIe siècle, comme le fit Delandine au XVIIIe, autorise les comparaisons et interroge la notion de progrès. Nous ne parlons pas ici du confort moderne, celui qui a gagné les nouvelles prisons à l’orée des années 1990, bien après les logements sociaux au lendemain des années 1950. Le sort actuel de la personne prisonnière, comme celui de la personne privée de travail, est indigne. Confort ou pas.

Année après année, s’impose désormais l’image clinique et propre d’invisibles prisons quand nous dénoncions des établissements d’un autre âge que chacun savait situer.

Parcourir l’histoire des prisons lyonnaises depuis le milieu du XVIIIe siècle, c’est emprunter le chemin qui mène progressivement du centre de la cité, de son palais de justice et de sa cathédrale, à ses plus lointains faubourgs, sa banlieue.

En concevant ce livre nous l’avons tout d’abord destiné aux dizaines de milliers de personnes captives qui se sont succédé dans ces prisons. Un nombre considérable d’entre elles y sont décédées. Nous avons pensé à leurs familles qui n’en auront connu que le parloir, cette antichambre des tendresses empêchées.

Nous apprécierions qu’en ouvrant ce livre des personnels de l’administration pénitentiaire – certains y ont aussi laissé leur vie –, des personnels de santé, des conseillers d’insertion et de probation, des intervenants plus ponctuels, des magistrats, des avocats, poussent des portes qu’ils n’avaient pas franchies jusque-là. Nous avons en tête le mot du philosophe affirmant « mesurer l’importance d’une idée au déplaisir qu’elle lui causait ».

Le livre que nous vous proposons fait appel à des historiens, mais ce n’est pas un livre d’histoire, à des sociologues, mais ce n’est pas un précis de sociologie, à des artistes plasticiens mais ce n’est pas un ouvrage d’art, à des juristes mais ce n’est pas un abrégé de droit pénitentiaire, à des militants des droits humains mais ce n’est pas un rapport « accablant ». Ce livre est un album de souvenirs, percutés par l’actualité.

Quelques principes président à sa rédaction.

L’absence de hiérarchie. Certaines informations proposées appartiennent à l’Histoire, la grande, du fait de ses hasards presque toujours et qui magnifie ou accable. D’autres sont anecdotiques, révélatrices d’un simple instant. Nous ne les dissocions pas. 003b

Le retour aux sources. Plusieurs des textes choisis sont ceux-là mêmes que leurs auteurs ont rédigés à d’autres périodes. Ils restituent, sans interprétation, l’esprit d’une époque doublé soudain d’une troublante modernité.

La diversité. Diversité des approches, des modes d’écriture, des rédacteurs, de leurs pensées. Cet ouvrage n’est pas univoque et nous reprochons aux discours sur la prison (qui ne sont que des discours) de l’être trop souvent. Il réunit des auteurs d’infractions et ceux chargés de les juger, des auteurs d’ouvrages savants et des néophytes, des abolitionnistes et des réformateurs, des historiens scrupuleux et d’intrépides preneurs de parti.

Le respect de tous. Un point commun pourtant : le respect des personnes et des fonctions. Et quand des faits parfois tragiques sont rapportés, sans jamais nier la responsabilité individuelle, nous considérons que c’est bien la collectivité toute entière qui en porte aussi la responsabilité. Par ses silences. Par ses peurs. Par l’absence de courage ou le conformisme du législateur qu’elle a désigné.

L’acceptation du manque. La prétention n’a pas été de tout aborder et les omissions sont nombreuses. Certains seront déçus de ne pas voir la trace de leur action alors qu’elle aura été importante, voire majeure. Certains travaux ont été considérables, beaucoup faits dans le silence et peut-être ne donnons-nous à lire que l’écume. Ils avaient leur place dans ce livre. Leurs auteurs, authentiques personnages, résistants de l’ombre à la dureté de l’enfermement tels des François Marty fusillé pour ça et nommé ici, n’en seront pas amères. C’est nous qui le sommes. Nous les saluons avec une immense considération.

L’envie de connaître. Survoler les siècles de façon aussi prompte est source de désordres. Puisse cette mise en perspective donner l’envie à de jeunes chercheurs, à des étudiants de diverses disciplines ou à des militants associatifs curieux, de s’arrêter durablement sur une période particulière, un événement significatif, de nous en proposer demain une lecture approfondie. Bref, de faire vivre la démocratie.

Collectif, sous la direction de Bernard Bolze, fondateur de l’Observatoire des prisons, membre de l'équipe du Contrôleur général des lieux de privation de liberté. 

Préface de Jean-Marie Delarue, Contrôleur général des lieux de privation de liberté.

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