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Les Magasins généraux de Pantin

Les Magasins généraux de Pantin
Publié par: Editions Lieux Dits

Parution : Novembre 2015
Couverture brochée vernie avec rabats
Format : 22 x 22 cm
168 pages
198 images

ISBN : 9782362191169

Histoires de mutations

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22,00 €

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Désaffecté depuis une dizaine d’année, l’immense paquebot ancré au bord du canal de l’Ourcq à Pantin entame sa dernière mutation. Composée de deux immenses bâtiments en béton armé, enrubannée de passerelles et de coursives, cette bâtisse industrielle est devenue depuis la cessation d’activité un support de création et de rêves, spot du street art de renommée internationale. Elle est aussi pour les habitants et les promeneurs un des marqueurs du paysage pantinois, élément fort de son patrimoine industriel du XXe siècle.

À l’heure de leur réhabilitation pour accueillir une agence de publicité, il a semblé essentiel de connaître et de transmettre l’histoire de 70 années d’activité de ces anciens entrepôts, pour lesquels la chambre de commerce et d’industrie de Paris a investi des sommes considérables : le port de Pantin était en effet le point d’orgue de ses ambitions au service de l’entreposage et de la circulation des marchandises.

Basé sur les archives et un riche fonds iconographique qui révèlent l’histoire complexe des rapports politiques, mettant en jeu des intérêts parfois contradictoires entre la ville de Paris, le département de la Seine et la chambre de commerce de Paris, cet ouvrage retrace l’histoire d, les nombreux aléas de sa construction et ses continuelles mutations et adaptations aux besoins économiques, politiques, techniques et sociaux. Il offre dans le même temps une chronique des transformations de la région parisienne et de la cité pantinoise.

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Sommaire

7 Préface
9 Un livre pour quoi faire ?
10 Ce grand paquebot d’où doit naître un quartier
16 Pantin, nouveau Brooklyn?
24 Pas de quartier du port sans les Magasins généraux
36 L’oeil de l’architecte
48 Pantin et son canal : une histoire mouvementée
62 Le canal de l’Ourcq, axe majeur du développement de Pantin
72 La Chambre de commerce de Paris crée un nouveau port
86 Louis Suquet, un architecte très discret… mais très présent
94 Un beau chantier, de mauvaises fondations
108 Des inondations à répétition
118 Un démarrage d’activités contrarié
132 Allemands et Américains s’invitent aux Magasins généraux
142 Après la remise en question, le succès
156 Fin de partie pour les Magasins généraux

Ce grand paquebot à l’origine d’un nouveau quartier…
Un beau matin d’été, filez vers le soleil levant, le long du canal de l’Ourcq. Entrez dans la cité de La Villette par la porte de Pantin. Voici la grande halle de l’ancien marché aux bestiaux, qui fut le plus grand du monde.
Jusqu’en 1974, elle recevait quotidiennement des milliers de boeufs et d’ovins. Prenez à droite en direction de la folie 6, l’une des constructions légères, rouge vif, dont l’architecte Bernard Tschumi a ponctué le parc. Tout près, dans le jardin de la Treille, paissent des moutons du Velay, indifférents à la bicyclette ensevelie, oeuvre de Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen. Si la chance vous sourit, c’est au rythme des tambours endiablés par quelques noctambules que vous gagnez la folie 5. De l’autre côté de la passerelle, se dresse la cité des Sciences et de l’Industrie, bâtie sur le site des anciens abattoirs de La Villette, une ville-usine qui alimentait Paris et sa banlieue.
Une borne commémore les hécatombes dantesques de cette cité du sang : en 1900, on y abattait ici chaque jour 23 000 moutons et 5 000 boeufs, dépecés sur place !

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Les Magasins généraux imposent leur architecture fonctionnelle. Mais ils ont aussi une grande théâtralité, et même de la poésie, selon Frédéric Jung, l’architecte en charge de leur réhabilitation. Si bien qu’il ne compte pas s’arrêter à la réfection des façades et de la structure, mais souhaite aussi mettre en lumière les énigmes du bâtiment. Ses rébus, dit-il. Frédéric Jung prône une réhabilitation qui s’assume : ne pas tenter de faire simplement revivre le passé, mais imposer une dose de violence aux bâtiments pour leur donner une nouvelle vie, sans les vider de leur signification pour autant.
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Deux mois après sa mise en eau, le 6 juillet 1929, le bassin du port de Pantin est inauguré officiellement par André Tardieu, ministre de l’Intérieur et des travaux publics dans le gouvernement de Raymond Poincaré. Toutefois, la mauvaise étanchéité du bassin continuera pendant longtemps à causer des désordres fort importants dans les installations et activités du nouveau port. Ainsi, six mois seulement après la mise en eau définitive, le 12 novembre 1929, de nouvelles infiltrations sont décelées et de nouveaux travaux doivent être entrepris. Il s’agit surtout de boucher les excavations par de la glaise, ce qui requiert le concours de scaphandriers. Mais tous ces efforts se révèlent insuffisants. Il faut attendre plusieurs décennies pour y mettre un terme définitif.
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Les nombreux échanges entre l’ingénieur Suquet et l’entrepreneur Chouard soulignent la nécessité absolue de travailler ensemble à la réalisation et au fonctionnement des futurs Magasins généraux. Il leur est parfois malaisé de se comprendre et chaque question requiert une réponse précise. Dans un courrier daté du 3 décembre 1929, l’ingénieur Suquet explicite à l’entrepreneur Chouard sa demande concernant la future installation de grues sur les bâtiments. « Il me semble y avoir un malentendu au sujet des grues à l’intérieur des bâtiments. Je précise donc qu’il y aura, roulant sur le plancher du rez-de-chaussée, des grues monorails et, sous le plafond du premier étage, des grues suspendues [...]
Le croquis ci-dessus explicite cette indication que précise ma lettre du 28 novembre en ce qui concerne les efforts. »
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La politique de la Chambre de commerce semble avoir été particulièrement habile et efficace. En effet, tout en respectant l’ordre établi, elle fait valoir ses droits et son autorité durant toute l’occupation. Elle reste ferme et s’arc-boute sur le respect du droit et des procédures. Début 1941, elle conduit les autorités allemandes à lui remettre les clés de la chambre forte des Magasins généraux et à consentir à un inventaire contradictoire. Dans le même esprit, le 28 avril 1941, elle refuse de distinguer le bien des populations juives entreposé dans ses entrepôts :
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En 1950, on recense 489 camions sortant des entrepôts de Pantin. En 1957, on en compte 2 710. Puis 14 969 en 1964, soit 41 véhicules par jour en moyenne. Quinze ans plus tard, on en comptera plus de 20 000 ! Parallèlement, plusieurs sociétés de transit ont transféré à Pantin la totalité de leurs services commerciaux et d’exploitation. C’est le cas des transports Nordisk Transport & Spedition. La confiance des grandes entreprises du transport routier international confirme la vocation de Pantin comme centre de dédouanement privilégié, tourné vers l’Europe du Nord, de l’Est et vers l’Europe centrale.

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Pantin, nouveau Brooklyn ?
On l’oublie trop souvent : Paris fut une ville industrielle. L’image promue de « Ville Lumière » est venue effacer celle des cheminées de l’Est parisien. La désindustrialisation de la capitale débute par le glissement progressif de l’industrie vers la périphérie ; elle se poursuit après la Seconde Guerre mondiale par le besoin de nouveaux espaces urbains nécessaires à la construction de logements et aux aménagements publics, tandis que la crise économique des années 1970-1980 va se caractériser par la destruction massive des sites industriels.
Or, depuis quelques années, la protection et la valorisation du patrimoine prennent de plus en plus d’importance. Dans un long article paru dans Le Monde, le journaliste Denis Cosnard reconnaît qu’« après en avoir eu honte, la ville redécouvre son patrimoine industriel et commence lentement à le valoriser ». Grâce à la réhabilitation de bâtiments, les traces de ce passé sont encore bien visibles, comme celles de la maison des Métallos, ancienne manufacture d’instruments de musique en cuivre, ou l’ancienne Société des cendres, où l’on traitait les déchets des bijoutiers et des joailliers pour en récupérer les métaux précieux. Si la destruction compulsive a effacé de Paris des centaines de sites industriels, de nombreux indices attirent l’oeil averti. L’exposition organisée par la Ville de Paris en décembre 2013, Les Paris de l’industrie (1750-1920), suivie de conférences et de la publication du livre de son commissaire Thomas Le Roux, confirment l’engagement d’une ville et de sa région pour promouvoir tous ses patrimoines et singulièrement celui de l’industrie.

 

Ouvrage publié sous la direction de Patrick Le Guillou
Direction scientifique :
Geneviève Michel
Textes et Recherches :
Jean-Luc Rigaud
Préface :
Bertrand Kern
Relecture :
Pascal Marion
Coordination éditoriale :
Geneviève Michel

 

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