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Les Grands Moulins de Pantin

Les Grands Moulins de Pantin
Publié par: Editions Lieux Dits

Parution : Novembre 2009

Beau livre, couverture cartonnée gaufrée recouverte d'une jaquette

Format : 24,3 x 29 cm
212 pages
422 images

ISBN : 9782914528689

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Un site majeur du patrimoine industriel français : les Grands Moulins de Pantin

Plus d´un Francilien s´est déjà interrogé sur leur étrange silhouette : fondés dans les années 1920, les Grands Moulins de Pantin constituent l’un des sites les plus spectaculaires du patrimoine industriel français.

L´histoire des Moulins ; l´histoire de Pantin

Ce beau livre retrace l´histoire des Grands Moulins, et à travers elle, celle d´une ville, Pantin, en mutation aux portes de Paris. Innovations architecturales et industrielles ont façonné cet ensemble, jusqu´au chantier titanesque mené récemment, qui entend reconvertir les lieux en bureaux tout en préservant la mémoire du lieu.

Épopée industrielle et audace architecturale

Entre épopée de la minoterie industrielle (les Grands Moulins de Pantin furent parmi les plus gros producteurs de farines de France) et audaces architecturales (de grands noms ont marqué ce site, comme Haug et Zublin ou Léon Bailly), une aventure humaine se dessine, grâce aux regards croisés de photographes, d´historiens, d´anciens employés des Grands Moulins, d´acteurs de la reconversion du site ou encore d´architectes.

Découvrez aussi Les Magasins généraux de Pantin

 

 

Feuilleter

Un territoire aux portes de Paris

Analyser la transformation progressive d´un espace rural aux portes de la capitale en espace industriel et urbain, c´est comprendre la conjugaison des dynamiques à l´œuvre dont la proximité parisienne constitue une clé incontournable. L´unité foncière formée par le domaine de la ferme du Rouvray, dépendance de l´abbaye de Saint-Martin des Champs jusqu´à la Révolution, en constitue le point de départ. Elle est mise à mal au XIXe siècle par l´implantation du canal et du chemin de fer, qui coupent le territoire communal de Pantin en 2, l´ancien village rural au sud et le nouveau quartier des Quatre-Chemins au nord, gagné par l´essor industriel. Pour résoudre les antagonismes entre ces 2 parties de son territoire, la commune tente de construire sa cohérence à l’articulation de ces secteurs, par l’appropriation des infrastructures et l’urbanisation d’une bande de terrain, là où les ponts permettent le franchissement du canal et du faisceau ferré. Le jeu des acteurs locaux s´assimile alors à des stratégies de conquête. Conquête économique par des industriels et des entrepreneurs, dont les emprises territoriales excèdent nécessairement celles du quartier et de la commune de Pantin. Elles forment des zones d´expansion depuis La Villette d´un côté, la Plaine-Saint-Denis de l´autre, entre le débouché que représentent le marché parisien et les zones d´approvisionnement et d´exportation plus lointaines. Conquête politique et urbaine d´une commune, qui dans le mouvement d´émancipation municipale de la fin du XIXe siècle, s´affirme comme une ville résolument industrielle. Le triomphe de l´industrie conforte alors les valeurs de la République libérale. Dans ce quartier dont la centralité s’avère à la fois déterminante et problématique, constructions et aménagements — mairie, écoles, gare, station de pompage, piscine, bains-douches, canal et moulins, pour s’en tenir à l’essentiel — prennent valeur de symboles dont la concentration traduit assez le volontarisme politique. Le canevas urbain est en place dès la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, sous l´effet de l´émergence de la pensée urbaine, les tentatives de planification à l´échelle de l´agglomération cherchent à reformuler la place de l´industrie en ville, avant que la désindustrialisation ne modifie en profondeur le fonctionnement urbain. Dans ce contexte, la mutation des Grands Moulins s’avère emblématique de l’évolution actuelle des communes riveraines de la capitale.

Mohand Maouche

Je suis entré aux Grands Moulins de Pantin le 12 janvier 1965. Je suis venu au moulin un lundi. La personne à l’embauche m’a demandé si je voulais commencer de suite. J’ai dit non j’ai rien sur moi. J’ai commencé le lendemain. On embauchait beaucoup alors, tout était manuel. J’ai eu de la chance parce qu’ils m’ont mis au moulin. On faisait les 3/8. J’ai travaillé 1 an au moulin comme conducteur aux cylindres, puis à la semoulerie pendant 21 ans, jusqu’à sa fermeture. Alors je suis revenu au moulin, aux plansichters. Au moulin, ils m’ont donné un étage. Je surveillais les plansichters et je nettoyais l’étage. Le produit arrive par le haut. Les tamis du plansichter séparent la farine du son qui repartent par le bas. Un moteur donne au plansichter un mouvement circulaire rapide pour faire le tamisage. C’est des joncs, du rotin qui fait 14 mm de diamètre qui tient le plansichter au plafond. La souplesse du rotin permet de supporter le mouvement et les vibrations. Quand le moulin s’arrête, on enlève les portes du plansichter, on dévisse les 4 barres de fer qu’on écarte et on sort les cadres un par un, en commençant par celui du haut. Attention, il faut garder l’ordre des cadres, parce que les tamis ne sont pas les mêmes. On prend un tabouret à 3 marches pour enlever les cadres du haut. Sur la plus haute marche, on a inventé un cône tournant sur roulement à bille. On y pose un angle du cadre et on nettoie avec une brosse dure spéciale. D’un côté. Puis on le pivote pour faire le deuxième côté. Ce tabouret là, c’est de la fabrication maison. Après on nettoie l’intérieur de la caisse du plansichter. Puis on remet les tamis en commençant toujours par le bas. Avant il y avait des petites plaques numérotées mais elles tombaient. Sur les vieux plansichters, il n’y avait que 2 rangées de tamis plus longs et plus lourds. Il fallait être 2 pour les enlever latéralement, sur les côtés. La veille de la journée d’entretien, on prend les farines des sorties de plansichters qu’on met dans des boîtes marquées du numéro de sortie. Le soir, le chef d’équipe les regarde une par une. Si la farine est piquée, avec du son, ça veut dire qu’un tamis du plansichter est percé. Au début les tamis étaient collés sur les cadres et on pouvait les repriser en cas de petits trous. Des fois le produit ne passe pas. T’ouvres un bouchon au bas et rien ne vient ce qui n’est pas normal. Soit c’est bouché en haut, soit aux cylindres, soit c’est l’élévateur qui est cassé. Il faut chercher. Une intuition, le hasard, c’est le métier. On va à la tête de l’élévateur. Si la marchandise tombe dans la tête d’élévateur, c’est que le problème vient d’ici ou du 6e ou du 7e étage. Si rien ne vient de l’élévateur c’est au cylindre qu’il y a problème. Si c’est moi qui ai détecté le problème, je pars dans les étages à sa recherche. C’est rare. Un jour ce plansichter est tombé en panne. Donc le moulin s’est arrêté puisque l’arrêt d’un plansichter commande l’arrêt du moulin. À chaque fois qu’on entendait le bruit du roulement qui était fichu, on programmait un arrêt le plus rapidement possible et on croisait les doigts pour que ça tienne. Sur celui-là, les bâtis intérieurs étaient cisaillés. Tout avait pris du jeu si bien que l’appareil n’était plus tenu. Le milieu s’effondrait. On a travaillé pendant 25 heures d’affilées avec 3 équipes de 2. Une équipe de sous-traitants extérieurs démontait les tuyaux et faisait les trous dans le plancher, une équipe qui adaptait le matériel de l’usine de Corbeil et nous. La direction a été reconnaissante, elle a fait un petit geste symbolique : une prime et un jour le directeur a réuni toutes les équipes qui avait travaillé et on a bu une petite coupe de champagne ensemble. Tous ça sans qu’on négocie une prime, parce que c’était notre boulot. Un nouveau chef nous a proposé de gratter la graisse en dessous des plansichters à raison d’1 ou 2 rangées, la nuit. J’ai refusé parce que c’est trop dangereux d’être couché sous les plansichters. On est seul avec un chef d’équipe qui passe toutes les 2 heures. Si le gars, il se prend un plansichter en marche sur le tête, le temps que le chef arrive il est KO. On est resté une demie heure au téléphone, parce qu’il n’a pas osé venir me voir ici. Je lui ai dit que c’était possible dans la journée mais pas la nuit. Il m’a dit « Dans mon ancien moulin, on le fait ». Je lui ai répondu qu’ici c’était une usine. J’ai été voir les copains en leur disant de ne rien faire. Et on a rien fait. Je suis rentré au syndicat comme volontaire, pas pour moi. Pour apporter un plus à ceux qui en avaient besoin, comme les immigrés, et pour moi aussi. C’est seulement à la fin de ma carrière que j’ai dit que mon père était meunier. Il avait un petit moulin à eau en Algérie. J’y ai travaillé, quand j’étais très jeune. Il a fermé en 1954 avec la guerre.

Collectif
Avec la participation de Evelyne Lohr, Geneviève Michel, Nicolas Pierrot.

Illustrations : Archives municipales de Pantin et autres.

 

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