« Retour à la page précédente

La Cité internationale universitaire de Paris

La Cité internationale universitaire de Paris
Publié par: Editions Lieux Dits

Parution : octobre 2017

Couverture cartonnée avec jaquette

Format : 24,3 x 29 cm
392 pages
373 illustrations

Collection Patrimoines d'Île-de-France - Beau livre

ISBN : 9782362191473

De la cité-jardin à la cité-monde

consulter mon panier

35,00 €

Au lieu de 39,00 €

Loading Mise à jour du panier...

Ouvrage disponible en souscription
au prix de 35 € au lieu de 39 €
(offre valable jusqu'au 5 octobre 2017)

- Souscrivez directement en ligne en cliquant sur "Ajouter au panier"

- Ou souscrivez par chèque en renvoyant le bon de souscription téléchargeable ici. Document à renvoyer accompagné de votre chèque aux Éditions Lieux Dits, 17, rue René Leynaud, 69001 Lyon. Votre chèque ne sera encaissé qu'après l'envoi de votre commande.

À PARAÎTRE LE 6 OCTOBRE 2017 !

Résultat de huit années d’étude approfondie des bâtiments, du domaine et de nombreuses archives inédites, ce beau livre apporte un éclairage nouveau sur la Cité internationale universitaire de Paris.

Créée au début des années 1920 pour améliorer les conditions de la vie étudiante et assurer le rayonnement de l’université française, la Cité est aussi l’incarnation d’un idéal humaniste et d’une utopie pacifiste nés du traumatisme de la Grande Guerre. Dans le sillage de la Société des Nations, ses fondateurs, acteurs publics ou mécènes, souhaitent contribuer à la compréhension entre les peuples par le rapprochement des jeunes élites internationales.

Grâce à des dons privés ou à des subventions venant du monde entier, trente-sept maisons voient le jour entre 1925 et 1969, dans un domaine d’une quarantaine d’hectares situé sur les anciennes fortifications, au sud de la capitale. Durant l’Entre-deux-guerres, la Cité accueille majoritairement le camp des vainqueurs, et l’architecture exprime de forts contrastes liés aux différentes identités nationales. Après la rupture de la Seconde guerre mondiale, c’est au contraire une modernité architecturale universelle que choisissent les états de la nouvelle scène internationale.

Aujourd’hui, forte d’un formidable patrimoine rénové et mis en valeur, la Cité amorce un programme d’extension sans précédent avec dix nouvelles maisons construites à l’horizon 2020.

 

 

PARTIE 1
UN « PHALANSTERE » INTERNATIONAL
Une Société des Nations pour les étudiants (1921-1940)
-    Les ambitions politiques des fondateurs de la Cité
-    Une petite ville aux portes de Paris
-    Des services au coeur de la communauté
La synergie des constructeurs
-    Principes d’aménagement et servitudes urbaines
-    Un tour du monde des architectures
-    Le choix du régionalisme
-    Les limites du régionalisme
-    Une architecture moderne et « internationale »

PARTIE 2
L’EXTENSION EUROPEENNE ET POST-COLONIALE (1945-1975)
La Cité repousse ses murs et se densifie
-    Une nouvelle stratégie géopolitique
-    Après les « fortifs », le « périph » !
-    Le boom des étudiants
L’affirmation d’une architecture internationale, 1950-1969
-    Acteurs et procédures de la construction
-    La relance de la construction
-    Une tour de Babel de la modernité architecturale
-    L’art d’habiter à la Cité

PARTIE 3
LE RENOUVEAU DANS UN MONDE GLOBALISE (1976-2015)
Un projet non réalisé : la Maison de l’Europe
Crise financière et réduction des ambitions
La Renaissance de la Cité
Un nouveau campus pour le XXIe siècle

Vers un « hameau » aux airs de cité-jardin

C’est à Émile Deutsch de la Meurthe qu’il revient, deux ans plus tard, de fonder la première résidence pour étudiants, celle qui marque la naissance de ce qui deviendra la Cité universitaire de Paris. Riche industriel d’origine alsacienne, à la tête de la société des Pétroles Jupiter, Émile Deutsch de la Meurthe consacre une partie de sa fortune à de nombreuses œuvres philanthropiques, telles la Fraternité franco-américaine pour l’aide aux orphelins de guerre. Ému par les conditions de la vie étudiante, et désireux de faire « quelque chose de durable » en mémoire de sa femme Louise Halphen, il s’ouvre de ses intentions au recteur Paul Appell en mai 1920. Celui-ci, qui s’est intéressé au projet de P. Grunebaum-Ballin, connaît mieux que quiconque la situation extrêmement préoccupante des étudiants parisiens, pour lesquels, en 1918, il a créé le premier restaurant universitaire, rue Pierre-Curie. Aussi suggère-t-il tout de suite à son interlocuteur une initiative en faveur de la création de logements modèles. La correspondance échangée par les deux hommes permet de suivre la progression du projet. Le 17 mai, Émile Deutsch confirme son souhait d’établir une fondation « importante » dotée de maisons « salubres et aérées ». Le 23 juin, il rappelle le programme sur lequel le recteur et lui se sont accordés : « il ne s’agit pas de bâtir deux grands immeubles… mais deux groupes de villas ou de cottages, deux hameaux-jardins » au milieu d’un grand parc, « avec tout ce que l’expression comporte de vie libre, large et de plein-air » ; « outre les habitations proprement dites », il prévoit « diverses constructions adaptées à des services communs d’hygiène, de sport et de récréation artistique ». Émile Deutsch se dit prêt à pourvoir d’un capital de 10 millions de francs la future fondation, « création nouvelle en France », avec laquelle, précise-t-il, il a l’ambition d’« ouvrir une voie ». Animé par un souci d’hygiène sociale, ce projet innove en effet, car, pour la première fois, les préceptes des hygiénistes trouvent ainsi à s’appliquer à la condition étudiante. Le « hameau » conçu par le donateur transposera à l’intention de la « jeunesse studieuse » les principes de la cité-jardin ouvrière, alliant espaces libres, faible densité du bâti et équipements coopératifs, telle la « maison commune » dédiée aux activités culturelles.

La Maison de l’Iran : suspension et « vide articulé »

Le changement le plus significatif a trait à la réduction du nombre des points porteurs, qui passent de douze à six : pour limiter au maximum les fondations, les architectes font descendre toutes les charges du bâtiment par trois portiques d’acier, reposant chacun sur un groupe de deux puits profonds de 22 m. Des lisses longitudinales les relient au niveau du toit et à mi-hauteur. Traitée en caissons de tôle soudée de forte section (1,50 m x 0,80 m), cette ossature principale « refuse l’aspect, quelquefois grêle, du métal : c’est dans l’affirmation de son tracé », explique Claude Parent, « que réside le parti esthétique du projet », indissociable de son parti technique : la structure massive des portiques permet de suspendre les étages par groupes de quatre, en deux blocs habitables séparés par un « vide structurant ». Semblable à celui de la maison André Bloc et prévu pour l’appartement du directeur, en retrait par rapport à l’alignement des façades, ce « vide articulé » reflète « l’esprit de suspension » du bâtiment ». Si l’idée, présente dès le second projet de Foroughi et Ghiaï, a été explorée de façon théorique par Paul Nelson dans sa « Maison suspendue » (1936), et mise en œuvre à petite échelle au Crown Hall de l’Illinois Institute of Technology (Mies Van der Rohe 1952-1956) puis dans la villa du Cap d’Antibes par Claude Parent lui-même, l’architecte donne ici à la suspension une tout autre dimension architectonique qui fait de la Fondation iranienne un bâtiment sans équivalent. La nature du terrain et l’importance du programme (100 chambres) dictent aussi le choix d’une construction en hauteur (38 m). Jugée excessive par la Fondation nationale (car dépassant de 13 m l’édifice le plus élevé de la Cité), elle est rendue nécessaire par la mono-orientation des logements et des trois façades aveugles, conçue comme un rempart aux nuisances acoustiques. Les chambres, ouvertes à l’est sur des loggias, sont protégées sur l’autre face par la double épaisseur du couloir et des cabinets de toilette. Les pignons et la façade ouest, la plus exposée au bruit, sont complètement opaques, revêtus de panneaux d’amiante-ciment blancs. C’est sur ce côté aveugle que prend place un sculptural escalier extérieur, dérivé de celui d’Antibes, dont la spirale métallique noire fait contrepoint avec la blancheur des façades. Ses courbes « baroques » dynamisent le bâtiment et introduisent une dimension critique dans le travail des architectes, comme l’exprime Claude Parent : « partant d’une architecture rigoureuse à la Mies Van der Rohe, nous y apportions, Bloc et moi, une violente contradiction par les deux volutes inversées de l’escalier extérieur » accroché très à l’écart du volume. 

Les espaces communs, réunis dans deux constructions de plain-pied qui se glissent en partie sous le bâtiment principal, sont meublés par Jean Royère, habitué des commandes iraniennes : ami de Foroughi qui l’a introduit à la cour, le décorateur réaménage les appartements privés de la famille impériale, au palais du Golesthan, avant de travailler avec André Bloc à la décoration intérieure du Sénat. À sa production personnelle, Royère ajoute des éléments conçus par d’autres designers, notamment Charles Eames (chaises Wire et table à plateau de marbre dans la salle à manger du directeur). Celle-ci présente un agencement caractéristique des recherches contemporaines : au centre de la pièce éclairée de larges baies côté parc, une différence de niveau, créée par quelques marches, rappelle le système du salon en creux assez répandu depuis le début des années 1960.

Le chemin laborieux vers la mixité

Dans les différentes fondations de la Cité comme dans toutes les résidences universitaires, la ségrégation des sexes prend fin avec les événements de mai 1968 qui font tomber les barrières de la discipline et du règlement. Le régime des visites entre filles et garçons, institué par le ministère de l’Éducation nationale et jugé archaïque par les étudiants, est un des éléments qui amorcent la crise universitaire. Avant d’être la cause des premiers incidents qui éclatent à l’automne 1965 à la Cité universitaire d’Antony, il sème le trouble dès 1956 parmi les résidents de la Maison de la Tunisie, qui contestent un règlement « passant pour être le plus libéral » de la Cité et revendiquent « l’allongement de la durée des visites féminines après 20 h 30 et la permission du dimanche matin ». En 1966, deux étudiants enfreignent la règle qui interdit aux résidentes du pavillon de la Suède de recevoir des visites masculines sans l’autorisation spéciale du directeur. Ils sont renvoyés, manifestation, selon les autorités suédoises, du « rigorisme français que la morale nordique juge, pour sa part, assez désuet ». Avec la mutation culturelle de l’après 1968, la mixité totale s’installe progressivement dans toutes les maisons, parfois freinée par l’architecture et les conditions sanitaires : ainsi à la Maison de Norvège, où les étudiantes, admises à l’automne 1968 dans l’un des étages puis dans un deuxième trois ans plus tard, attendent 1975 pour conquérir les trois derniers, les douches et les toilettes communes ralentissant la volonté de mixité dans l’ensemble du bâtiment. À la Maison du Mexique, le conseil d’administration ne délibère qu’en 1973 sur l’abolition du « droit de visite » à certaines heures strictement contrôlées, avant d’accepter, au même moment, d’accueillir des femmes dans l’un des étages de l’immeuble destiné aux hommes, sous réserve, toutefois, de l’accord des intéressés. Cette double décision marque le début d’un processus d’ouverture peu à peu mis en pratique au sein de la Fondation comme de toutes ses voisines.




 

Région Île-de-France,
Service Patrimoines et Inventaire


Texte : Brigitte Blanc
Photographie : Philippe Ayrault

LoadingMise à jour...