Habiter l’alpage

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Cabanes d’estive au fil du Verdon

Le Pays des vallées d’Asses-Verdon-Vaïre-Var dans les Alpes-de-Haute-Provence est un territoire fondamentalement lié à la transhumance et aux migrations pastorales ovines, qui ont laissé de nombreuses traces jusqu’à aujourd’hui, notamment dans les pâturages d’estive.

Cet ouvrage retrace l’histoire de cette transhumance et détaille particulièrement les vestiges matériels de cette activité, gravés dans le paysage, à une période charnière. Car si l’activité perdure et constitue toujours un marqueur identitaire fort du territoire, ce patrimoine est aujourd’hui menacé. En effet, les anciennes cabanes vernaculaires, les enclos, tous les aménagements afférents à la pratique de l’estive locale sont désormais réaffectés voire abandonnés, et remplacés par des structures modernes nécessaires à l’évolution du métier. Ils disparaissent peu à peu alors qu’ils représentent les maillons précieux d’une activité pluriséculaire. La perte matérielle entraînant la perte mémorielle, il y a urgence à considérer ces objets typiques comme faisant partie intégrante de notre patrimoine.

Cinq circuits de randonnée détaillés complètent ce parcours et permettent d’appréhender la grande richesse et diversité d’une pratique vivante qui prend, au long des pâtures arpentées, la dimension spectaculaire des paysages bas-alpins.

 

Parution : Mai 2015
Couverture souple à rabats
Format : 11 x 22 cm
88 pages
115 images

Collection Parcours du patrimoine

Les trois formes historiques du pastoralisme transhumant en Pays A3V

Le Pays A3V constituerait-il une zone comme une autre du pastoralisme transhumant ? Oui et non. Car il s’appréhende de trois manières complémentaires. D’abord comme espace de transhumance courte dans les limites du Pays : un troupeau basé dans la vallée de l’Asse de Clumanc, à Saint-Lions, a par exemple entamé son estive en 2013 par les alpages de Boades, du Clot d’Hughes, et du Poil, à Senez, de mi-juin à mi-juillet avant de rejoindre à pied les pâturages de Pra-Mouret, à Peyresq (commune de Thorame-Haute) pour le reste de la saison, après une halte au col des Robines (commune de Saint-André-les-Alpes).
Ensuite, comme aire géographique de passage, où le territoire actuel considéré ne constitue qu’une partie intermédiaire du trajet global : en 1432, les entrepreneurs de transhumance Antoine Bonet et Antoine Bellieud regroupent à Esparron (Bouches-du-Rhône) 440 trenteniers formant quatre troupeaux; le premier à destination de Prads (Alpes-de-Haute-Provence), le second de Thorame-Basse (Pays A3V), le troisième de Méolans (Alpes-de-Haute-Provence) et le dernier plus au nord en Champsaur et au-delà de l’Ubaye.
Enfin comme point de départ vers des alpages plus élevés, dans le nord du département voire au-delà: un troupeau, basé au lieu-dit la Rouvière, à Senez, réunissant 650 têtes de bétail, transhume ainsi avec d’autres avers depuis le sud du Pays A3V vers les Hautes-Alpes. D’où des convois de plusieurs milliers de bêtes réunissant différents troupeaux aux destinations finales variées mais qui cheminent jusqu’à leur alpage respectif. Tel gros troupeau appartenant à un éleveur unique pouvant d’ailleurs être scindé en plusieurs lieux d’estive, sur des montagnes distinctes, pour éviter la surpécoration*. En 2008, la taille moyenne des troupeaux locaux est d’environ 480 brebis. Avant la Révolution, elle était inférieure à 100 têtes.

 

Loger le berger : la cabane pastorale et ses fonctions


L’implantation des cabanes

L’implantation des cabanes respecte deux logiques simples, la première étant impérative : être à  proximité d’une alimentation en eau (sous la forme d’une source ou d’un cours d’eau) et choisir autant que possible un emplacement qui protège le bâti (contre les intempéries mais surtout, dans des zones d’altitude et pentues, contre les éboulements fréquents). Aussi trouve-t-on beaucoup de cabanes sur des replats isolés, là où la vitesse et la puissance d’une éventuelle avalanche seraient amoindries. Mais certaines cabanes sont également accolées au massif. Cette implantation étant potentiellement dangereuse, l’encaissement et la faible hauteur du bâti permettent d’atténuer les risques en donnant moins de prise aux éléments. Les combinaisons foisonnent évidemment, comme pour la cabane du Chabanal à Beauvezer : adossée à une barre rocheuse proche d’une éminence donc abritée des éboulements, encaissée sur un replat en bordure de ravin. La cabane peut aussi tirer parti des accidents du relief comme pour la cabane des Blocs, à Villars-Colmars, et ainsi économiser les matériaux de construction.
L’emplacement de la cabane reste toutefois tributaire de la disposition naturelle de la pâture et les destructions ne sont pas rares.

 

Les différents modes de construction


Les cabanes d’estive observées dans le Pays A3V utilisent la matière première directement accessible : grès et/ou calcaire sous forme de moellon non équarri et non assisé. La construction en pierre sèche existe, mais reste minoritaire. La maçonnerie est mise en oeuvre avec un mortier grossier constitué de chaux grumeleuse et de terre, qui se dégrade rapidement.
Ce liant sommaire associé aux conditions climatiques difficiles (écarts de températures importants, variations hygrométriques de l’air…) impose des restaurations fréquentes. Les interventions récentes privilégient la maçonnerie en ciment et parfois le parpaing, acheminés par hélicoptère, que l’on enduit systématiquement. La cabane traditionnelle reçoit un éclairage naturel limité : il s’agit généralement d’un jour, voire d’une petite fenêtre unique. Certaines sont aveugles (cabane du Vallonnet, à Allos).

 

La cabane dans son environnement


La cabane ne constitue qu’une partie de l’estive. Il convient d’y ajouter les dépendances, les enclos, les différents aménagements nécessaires à l’usage de l’alpage, et la pâture elle-même. Tous ces éléments combinés participent au fonctionnement général et composent un système appelé ensemble pastoral ou unité pastorale*, qui comporte souvent plusieurs cabanes. Quels sont ces éléments complémentaires ? On en dénombre huit : le corral, l’enclos isolé, l’abri, la pierre de garde, le grenier à sel, la pierre à sel, la fontaine ou l’abreuvoir, la quihèto.

 

Parcours 3 – Villars-Colmars

Parcours : Boucle hameau de Chasse / cabanes
du Puy / cirque de Juan (cabane de Juan, cabane des
Blocs, pâture du Cirque) / cabane Michard / Chasse

La randonnée permet d’appréhender les différents espaces constitutifs d’une unité pastorale et de comprendre leur utilisation. Ainsi le troupeau commence-t-il sa saison d’estive par le bois du Puy, en juin, pour investir le cirque de Juan et le bois de la Moulière sur le travers de la montagne de Michard les mois d’été, avant de revenir au bois du Puy en octobre, soit trois pâtures différentes mais contiguës formant une unité pastorale divisée en quartiers et en secteurs, chacune pourvue d’une cabane habitable. La bergère qui l’occupe en 2013 loge dans la cabane privée de Juan de juillet à début octobre, ainsi qu’aux cabanes privées du Puy en début et en fin d’estive, mais elle dispose aussi d’un logement, propriété de l’éleveur, au hameau de Chasse. Si la petite pâture de la montagne de Michard est mise à profit pendant environ trois semaines, la cabane, communale, n’est en revanche pas occupée par la bergère. On notera que l’éleveur du troupeau possède également une autre unité pastorale presque jointive de la précédente, de l’autre côté du ravin de Chasse, audessus de la barre de Maraval. Elle dispose d’un ensemble de deux cabanes, dites de Rest (1 950 m).

Service Inventaire et Patrimoine,
Région Provence-Alpes- Côte d’Azur
Texte : Laurent Del Rosso, Maxence Mosseron
Photographies : Frédéric Pauvarel, Françoise Baussan
Dessins : Sarah Bossy

Informations complémentaires

Poids 0.48501697680673 kg