Le vestiaire liturgique de la cathédrale de Bourges

22,50

Textiles religieux
des XIXe et XXe siècles

Publié par : Les Éditions Lieux Dits
ISBN : 9782362190537 Catégories : , , , , ,

Description

Un patrimoine religieux exceptionnel

Chef-d’oeuvre de l’architecture gothique, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, la cathédrale de Bourges est particulièrement renommée pour son architecture, ses sculptures et ses vitraux. Cet ouvrage s’intéresse à un aspect moins connu du patrimoine de la cathédrale : son vestiaire liturgique, un ensemble de textiles religieux majoritairement datés des XIXe et XXe siècles, peu à peu reconstitué après la disparition du vestiaire d’Ancien Régime à la fin du XVIIIe siècle. Composé de 1 075 pièces (chapes, chasubles, étoles, manipules, voiles de calice, bourses de corporal, nappes d’autel, aubes, …), il constitue aujourd’hui un patrimoine fragile. Ce livre l’aborde à travers les regards de l’historien de l’art, identifiant, datant, comparant les vêtements ; de l’historien de la liturgie évoquant leurs fonctions et symboles ; du restaurateur, au plus près des objets et de leurs techniques de fabrication ; du conservateur du patrimoine qui a aujourd’hui la charge de cet ensemble patrimonial et s’interroge sur sa transmission. Un croisement d’approches qui témoigne de la richesse de ce patrimoine, qu’il importe de mieux connaître pour le préserver.

L’étude systématique des sacristies des cathédrales, si elle apparaît dans certaines publications de l’Inventaire général du patrimoine culturel, ouvre un champ d’étude nouveau et propice à des analyses inédites. Le travail de Philippe Bardelot et de Jean-Baptiste Lebigue sur le vestiaire liturgique de la cathédrale de Bourges met les vêtements liturgiques en perspective avec l’histoire du diocèse et de la cathédrale, avec les règles liturgiques qui ont régi le diocèse de Bourges et avec de nombreux documents d’archives qui permettent de les dater, de les attribuer à un fournisseur, d’analyser la politique d’achat et la symbolique politique et religieuse attachée à ces vêtements, placés au coeur de la célébration de la messe. Cette étude montre que le vêtement liturgique n’est pas un objet isolé : il s’inscrit dans une perspective historique, liturgique, il appartient à l’histoire des textiles, il est reflet des modes, des évolutions techniques, il apporte un regard sur un aspect de la vie économique et artisanale et constitue, quand l’État s’implique dans leur financement, un outil politique tout à fait intéressant. L’autre intérêt majeur de cette étude est qu’elle s’accompagne d’un important travail de conservation, de restauration et d’analyses techniques. Ce travail de préservation, comme l’indique le texte d’Irène Jourd’heuil, est révélateur d’une politique ambitieuse entreprise par l’État et les collectivités publiques pour garantir la conservation de ces vêtements dans les sacristies des cathédrales.

Extraits de la préface de Maria-Anne Privat-Savigny,
Conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées Gadagne, Lyon.

Auteurs

Inventaire du patrimoine, région Centre

Par Philippe Bardelot, Irène Jourd’heuil, Jean-Baptiste Lebigue
Photographe : François Lauginie

Extrait

(…)
La chasuble (planeta, casula, penula) était à l’origine un vêtement circulaire, muni d’une fente centrale pour passer la tête, et qu’on relevait sur les côtés pour dégager les bras et les mains. Elle devint peu à peu conique au Moyen Âge et sa coupe évolua différemment selon les régions : parfois plus courte devant que derrière, plus ou moins ouverte sur les côtés, tout en réduisant la largeur du pan tombant sur la poitrine, de manière à faciliter le mouvement des bras. Au XVe siècle, l’avant de certaines chasubles, échancré à hauteur des coudes, prit ainsi le contour d’une « boîte à violon » (voir ill. p. 71) : c’est le modèle, dit romain ou baroque, que promut la Contre-Réforme catholique, reléguant les formes prétendues « gothiques » avant de les prohiber, mais sans parvenir à les faire totalement disparaître (voir ill p. 99).  Le concile Vatican II fut l’occasion d’un retour massif à ces dernières.
Vers le IXe siècle au plus tard, la chasuble fut exclusivement réservée au prêtre et à l’évêque. Il reste toutefois dans la liturgie moderne des traces de son emploi ancien par les diacres et les sous-diacres : ce sont les chasubles pliées (planeta plicata) dont le diacre et le sous-diacre pouvaient user certains jours à la place de la tunique et de la dalmatique. La partie antérieure du vêtement était alors pliée, roulée ou coupée jusqu’à la ceinture.

(…)
Ce vestiaire ne cessa de croître au fil des ans : composé de soixante-dix ensembles en 1537, il totalisera plus de trois cent cinquante articles en 1757, lors de la suppression de la Sainte-Chapelle et l’incorporation de son vestiaire dans celui de la cathédrale. À cette époque, on recense une vingtaine de parements d’autel, cent vingt chapes, vingt-deux tuniques d’enfants de chœur et plus de deux cents chasubles, sans comprendre les étoles, manipules, voiles et bourses qui les accompagnaient, soit un total de quelque neuf cents pièces.
Avant que la Révolution ne vienne tout faire disparaître, le chapitre pouvait donc puiser dans un large éventail d’ornements accumulés au fil des ans, des plus riches et plus anciens comme une chasuble et deux dalmatiques confectionnées dans les années 1400 en velours cramoisi parsemé de sauterelles et fleurs en or, garnies en perles et plumes de paon, avec orfrois brodés en soie et or, jusqu’au plus modeste à l’image d’une chasuble en laine rouge et jaune avec orfrois en flanelle blanche et galons en argent faux.

(…)
L’entretien de deux brodeurs figurait parmi les nombreuses charges dont l’archevêque était obligé de s’acquitter lors de sa prestation de serment. Une pareille obligation existait dans de nombreuses églises cathédrales, ainsi à Chartres où l’évêque participait à la pension annuelle des brodeurs à hauteur des deux tiers.
Les brodeurs de la cathédrale étaient choisis parmi ceux qui exerçaient à Bourges. Ils formaient une petite communauté dont l’effectif, du XVIe au XVIIIe siècle, ne semble jamais avoir été supérieur à sept membres. Contrairement à leurs homologues parisiens ou toulousains, les brodeurs berruyers n’étaient pas réunis en une corporation indépendante réglementée par des statuts. Le seul cadre de leur groupement était représenté par une confrérie placée sous le patronage de saint Clair dont le service religieux était assuré dans l’église des Jacobins. La majorité des brodeurs exerçant à Bourges appartenaient à deux grandes familles, les Brémault et les Chasgnon, liées entre elles par le jeu des alliances.

(…)
Leurs étoffes révèlent également les échanges commerciaux, intellectuels et religieux à travers le monde méditerranéen, notamment pour les tissus qui ont entouré des reliques. Le culte des reliques est d’ailleurs fondamental dans la conservation de nombre de tissus liturgiques. Le trésor de Sens présente ainsi le plus bel ensemble de textiles précieux anciens, dont une grande partie servait à envelopper les reliques héritées de Charlemagne. Il conserve également les ornements de saint Thomas Becket, qui séjourna à Sens. Ce culte qui touche des saints, de grands clercs mais parfois de simples prélats, éclaire l’histoire d’une Église locale et une foi profondément ancrée. À Orléans, en 1747, la population est à l’origine de la réparation d’une bannière à l’effigie de saint François de Sales que les chanoines ne voulaient plus réparer mais dont elle jugeait la conservation nécessaire en raison de la sainteté de l’évêque de Genève.

Feuilletez un extrait du livre au format PDF en cliquant ici

Fiche technique

Parution : Octobre 2012
Couverture souple à rabats
Format : 21 x 27 cm
160 pages
234 images

Collection Cahier du patrimoine

Informations complémentaires

Poids 1.8959754547899 kg